La question des frontières Cambodge - Vietnam

La ligne Brévié

 

Cambodge Nouveau, n°120, 1999

 

Une deuxième réunion de la Commission Mixte Khmèro-Vietnamienne pour la question des frontières a eu lieu à Phnom Penh du 23 au 28 août, Elle n' a pas apporté de résultat spectaculaire, "c'est normal dans une affaire comme celle-là, les négociations continuent," nous dit le président du Comité Mixte chargé des questions de frontières M. Var Kim Hong. La prochaine réunion aura lieu au Vietnam au premier semestre 2000. C'est l'occasion de faire le point sur la question de la délimitation des eaux maritimes, dont il n'avait pas été question dans notre "Spécial Frontières" (cn 119).

 

Cette délimitation n’a jamais fait l'objet d'un accord entre le Cambodge et le Vietnam, ni donc de reconnaissance internationale.

 

renoncer à l'absurde

 

Prétendre comme le font certains Cambodgiens à un domaine maritime de 95 000 km2 reprend une revendication exprimée par le gouvernement de la république en 1972. C'était une riposte à une revendication vietnamienne de Thieu qui aurait amputé énormément le domaine maritime du Cambodge, (voir carte ci-dessous). La Thaïlande, saisissant l'occasion, demandait elle aussi, en 1973, une vaste part des eaux cambodgienne, "il ne serait plus resté alors au Cambodge qu'un petit triangle de mer en face de Sihanoukville", observe M, Var Kim Hong, "Ne revenons pas à ces prétentions totalement incompatibles".

 

Ligne historique?

ou convention ONU?

 

Le gouvernement s'en tient à la ligne Brévié qui figure sur la carte au 300 000ème  du service Hydrographique de la Marine, suivant exactement en cela la revendication exprimée par le prince Sihanouk en 1964.

Cette ligne ne concernait que l'administration et la police, elle "réservait" la question de souveraineté. Mais -puisqu'il s'agit d'"eaux historiques" selon les termes de l'accord de 1982, c'est le seule document "historique" existant. "Il faut le prendre tel quel, comme un postulat", estime le Cambodge.

Le Vietnam de son côté refuse la ligne Brévié, et demande l'application de la Convention des Nations Unies de 1982  sur le Droit de la Mer (non signée par le Cambodge) qui ait intervenir le principe de l'équidistance. Le résultat de ces règles compliquées serait moins favorable au Cambodge.

 

cn.

 


 

Eaux Historiques

 

L'accord de 1982 "réduit fortement la zone litigieuse" fait remarquer François Joyaux dans Géopolitique de l'Extrême Orient. De fait, si le Cambodge  reprenait son ancienne revendication (en pointillé sur la carte), le Vietnam reprendrait la sienne (Id), et aucune solution ne serait possible.

La "ligne Brévié" tracé en janvier 1939 (voir texte) traverse cette zone litigieuse appelée "eaux historiques" dans l'accord de 1982.

La "ligne Brévié" purement administrative, réservait la question de la souveraineté. Mais elle est le seul document historique auquel les négociateurs puissent faire référence.

CN

 


 

Ligne Brévié - Le texte original

 

Hanoi, le 31 janvier 1939

Le gouverneur général de l'Indochine

A monsieur le gouverneur de la Cochinchine à Saigon

 

J'ai J'honneur de vous faire connaitre que je viens de procéder à un nouvel examen de la question des Iles du Golfe de Siam dont la possession est contestée entre le Cambodge et la Cochinchine.

 

La situation de ce chapelet d'Iles, égrenées tout le long de la côte Cambodgienne et dont certaines se trouvent si rapprochées de cette côte que les atterrissements qui se poursuivent actuellement paraissent devoir les souder au rivage du Cambodge dans un avenir relativement proche, appelle logiquement et géographiquement la nécessité, pour ces îlots, de relever de l'Administration de ce dernier Pays.

 

J'estime impossible de laisser se perpétuer plus longtemps l'état de chose existant qui oblige les habitants de ces îles à s'adresser, soit au prix d'une longue traversée, soit au prix d'un long détour par le territoire cambodgien, à l'Administration de la Cochinchine.

 

En conséquence, j'ai décidé que toutes les iles situées au Nord d'une ligne perpendiculaire à la côte partant de la frontière entre le Cambodge et la Cochinchine et faisant un angle de 40° avec le Nord du Méridien, conformément à la carte ci-annexée, seront désormais administrées par Cambodge. Le protectorat assumera, en particulier, la charge de la police de ces îles.

 

Toutes les îles situées au Sud de cette ligne, y compris l'ile entière de Phu Quoc, continueront à être administrées par la Cochinchine. Il est entendu que la ligne de démarcation ainsi fixée contournera le Nord de l'Ile de Phu Quoc en passant à 3 kms des points extrêmes de la côte Nord de cette ile.

 

Les pouvoirs d'administration et de police sur ces iles seront ainsi nettement répartis entre la Cochinchine et le Cambodge de façon à éviter toutes contestations à l'avenir.

 

Il est bien entendu qu'il ne s'agit que de l'administration et de la police, et que la question de la dépendance territoriale de ces iles reste entièrement réservée.

 

Vous voudrez bien prendre vos dispositions pour que ma décision reçoive son application immédiate.

 

Je vous prie de m'accuser réception de cette lettre.

 

Signé: BREVIE.

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